Est-ce qu’une série de donnés vous fait vous sentir plus confortable ? Plus performant ? Si tel est la cas, votre interprétation est sans doute erronée. Dans une conférence étonnamment émouvante, Susan Etlinger explique pourquoi, alors que nous recevons de plus en plus de données, nous devons approfondir nos capacités de pensée critique. Car il est difficile d’aller au-delà de compter les choses, pour vraiment les comprendre.

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La technologie nous a tellement apporté : l’alunissage, Internet, la possibilité de séquencer le génome humain. Mais elle infiltre aussi nos plus grandes peurs et il y a environ 30 ans, le critique Neil Postman a écrit un livre intitulé « Se distraire à en mourir » qui expose celà brillamment. Voici ce qu’il a dit, en comparant les vues dystopiques de George Orwell et d’Aldous Huxley. Il a dit que Orwell avait peur que nous devenions une culture en captivité. Huxley avait peur que nous devenions une culture banale. Orwell avait peur que la vérité ne nous soit dissimulée, et Huxley craignait que nous nous noyions dans un océan de choses sans importance. En un mot, c’est un choix entre être regardé par Big Brother et regarder Big Brother. (Rires)

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Mais ça ne doit pas forcément se passer comme ça. Nous ne sommes pas des consommateurs passifs de données et de technologie. Nous façonnons le rôle qu’elles jouent dans nos vies et la façon dont nous leur donnons sens. Mais, pour ce faire, nous devons prêter autant d’attention à notre façon de penser qu’à notre façon de programmer. Nous devons nous poser des questions, des questions difficiles, pour aller au-delà de compter les choses, et commencer à les comprendre. Nous sommes constamment bombardés d’histoires sur la quantité de données dans le monde, mais quand il s’agit de mégadonnées et des défis pour les interpréter, la taille n’est pas tout. Il y a aussi la vitesse à laquelle elles bougent, et la grande variété des types de données. Voici juste quelques exemples : des images, des textes, des vidéos, des sons. Ce qui unifie ces différents types de données, c’est qu’elles sont créées par des personnes et qu’elles nécessitent un contexte.

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Un groupe de scientifiques de données de l’Université d’Illinois à Chicago, dénommé « Collectif Média Santé » qui ont travaillé au Centre de Contrôle des Maladies [CDC] pour mieux comprendre comment les gens discutent à propos d’arrêter de fumer, comment ils parlent des cigarettes électroniques, et sur ce qu’ils peuvent faire ensemble pour les aider à arrêter. Ce qui est intéressant, si on veut comprendre comment les gens parlent de fumer, d’abord, on doit commencer par comprendre ce qu’ils entendent par « fumer ». Sur Twitter, il y a quatre catégories : numéro un : fumer des cigarettes ; numéro deux : fumer de la marijuana ; numéro trois : côtelettes fumées ; et numéro quatre : femmes chaudes et sexy. (Rires)

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Ensuite, on doit réfléchir sur comment les gens parlent de cigarette électroniques. Il y a tant de façons différentes d’en parler, comme vous pouvez le voir sur la diapositive, c’est une requête bien complexe. Et ceci nous rappelle que le langage a été créé par des personnes, et les personnes sont désordonnées, et nous sommes complexes, et que nous utilisons des métaphores, de l’argot, du jargon et nous faisons ça 24h/24, 7j/7, dans plein, plein de langues, et aussitôt qu’on se décide, on change tout à nouveau.

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Donc, est-ce que ces annonces du CDC, ces publicités à la télé qui montraient une femme avec un trou dans la gorge, qui étaient très crues et troublantes. ont-elles finalement eu un impact sur la décision des gens d’arrêter de fumer ? Le Collectif Média Santé a respecté les limites de leurs données mais ils ont réussi à conclure que ces annonces – que vous avez probablement vues – ont eu pour effet d’induire les gens à un processus de réfléxion qui peut avoir eu un impact sur leur comportement futur. Ce que j’admire et reconnais de ce projet, en dehors du fait qu’il est basé sur des besoins humains réels est que c’est un exemple fantastique de courage dans un océan de choses sans importance.

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Ainsi, ce ne sont pas uniquement les mégadonnées qui représentent un défi d’interprétation, car, soyons honnêtes, nous, les humains, nous avons un riche historique de prendre n’importe quelles données, même petites, et de tout gâcher. Il y a plusieurs années, vous vous en rappelez peut être, l’ancien Président Ronald Reagan fut violemment critiqué pour avoir dit que les faits étaient des choses stupides. Soyons honnêtes, ce fut à peine un lapsus. Il voulait citer John Adams, dans sa défense des soldats anglais lors du procès du massacre de Boston, disant que les faits étaient des choses tenaces. Mais je pense qu’il y a un peu de sagesse fortuite dans ce qu’il a dit, car les faits sont tenaces, et, parfois, ils sont aussi stupides.

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J’aimerai vous raconter une histoire personnelle sur pourquoi cela me tient tant à cœur. J’ai besoin de respirer. Isaac, mon fils, quand il avait deux ans, a été diagnostiqué d’autisme. C’était un petit gars heureux, drôle, aimant, affectueux, mais, les scores des évaluations de son développement qui considèrent des choses comme le nombre de mots — à cette époque là : zéro — de gestes communicatifs, et de contact visuel minimal, plaçaient son développement au niveau de celui d’un bébé de 9 mois. Ces diagnostics étaient effectivement corrects, mais ils ne racontaient pas tout. Environ un an et demi plus tard, quand il avait presque 4 ans, je l’ai trouvé, un beau jour, devant l’ordinateur cherchant sur Google des images de femmes épelées « f-a-m-e-s. » Et j’ai fait ce que tout parent obsessif aurait fait : J’ai cliqué immédiatement le bouton « précédent » pour voir quoi d’autre il avait cherché. C’était, dans l’ordre : hommes, école, bus et ordinateur. J’étais stupéfaite, car on ne savait pas qu’il savait épeler, et encore moins lire. Donc je lui ai demandé : « Isaac, comment as-tu fait ça ? » Il m’a regardé très sérieusement et dit : « Écrit dans le cadre. »

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Il s’apprenait lui-même à communiquer, mais nous cherchions au mauvais endroit, et c’est ce qui se passe quand les évaluations et les analyses donnent plus d’importance à une mesure — dans ce cas, la communication verbale — et en sous-estiment d’autres, comme la résolution créative de problèmes. Communiquer était difficile pour Isaac, et il avait donc trouvé une astuce pour découvrir ce qu’il avait besoin de savoir. Quand on y pense, ça semble logique, car formuler une question est un processus vraiment complexe, mais il a réussi à faire un grand pas en tapant un mot dans un cadre de recherche.

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Et ce court instant a eu un profond impact sur moi et sur notre famille. Car ça nous a aidé à changer nos références sur ce qu’il lui arrivait, à nous préoccuper un peu moins et à apprécier davantage sa débrouillardise.

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Les faits sont des choses stupides. Et ils sont vulnérables à une mauvaise utilisation, délibérée ou non. J’ai une amie, Emily Willingham, qui est une scientifique. Elle a écrit un article pour Forbes il n’y a pas longtemps, intitulé « Les 10 choses plus bizarres reliées à l’autisme. » Il y en a toute une liste. On blâme Internet pour tout , n’est ce pas ? Et bien entendu, les mères, parce que voilà. Attendez, ça n’est pas tout, Il y a toute une liste dans la catégorie « mère », comme vous voyez, une liste très complète et intéressante. Personnellement. je suis vraiment fan de « tomber enceinte près des autoroutes ». La dernière est intéressante, car le terme « mère réfrigérateur » était en fait l’hypothèse initiale de la cause de l’autisme, il signifie quelqu’un de froid et sans amour.

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À ce stade, vous devez penser: « Ok, Susan, on comprend, on peut prendre des données et leur faire dire ce qu’on veut. » Et c’est vrai, c’est absolument vrai, mais, le défi c’est que nous avons cette chance d’essayer de leur donner nous-mêmes un sens car, franchement, les données ne se créent pas leur sens. C’est nous qui le faisons. Donc, en tant qu’hommes d’affaires, et consommateurs en tant que patients, en tant que citoyens nous avons la responsabilité, je pense, de passer plus de temps à se concentrer sur nos capacités de pensée critique. Pourquoi ? Parce qu’à ce moment de notre histoire, comme nous l’avons entendu souvent, nous pouvons traiter des milliards d’octets de données, à la vitesse de la lumière, et nous avons le potentiel de prendre de mauvaises décisions bien plus rapidement, efficacement, et avec un impact bien plus grand que par le passé. Super, n’est ce pas ? Donc, ce que nous devons faire, au contraire, c’est consacrer un peu plus de temps sur des choses comme les sciences humaines, la sociologie, les sciences sociales, la rhétorique, la philosophie, l’éthique, car elles nous fournissent le contexte qui est si important pour les mégadonnées, et parce que elles nous aident à devenir de meilleurs penseurs critiques. Car, en fin de compte, si je repère un problème dans une controverse, il importe peu qu’il soit exprimé en mots ou en chiffres. Cela signifie que nous devons nous enseigner à détecter ces biais d’interprétation, et ces fausses corrélations et à être capables de repérer un recours clairement émotionnel à 30 mètres de distance. Car si un événement se produit après un autre ça ne veut pas forcément dire qu’il s’est produit à cause du premier. Et, si vous me permettez d’oser un instant, les romains appelaient cela « post hoc ergo propter hoc » « à la suite de ceci, donc à cause de cela ».

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Cela signifie mettre en doute les disciplines telles que la démographie. Pourquoi ? Parce qu’elles sont basées sur des hypothèses sur qui nous sommes, fondées sur notre sexe, notre âge, notre lieu de vie, au contraire des données sur ce que nous pensons et faisons vraiment. Et, puisque nous avons ces données, nous devons la traiter avec un contrôle approprié de confidentialité et avec le consentement du consommateur, et au-delà de ça, nous devons être clairs quant à nos hypothèses, aux méthodes que nous utilisons, et à notre confiance dans les résultats. Comme disait mon prof d’algèbre au lycée : « Montre tes calculs, car si je ne sais pas quelles étapes tu as suivies, je ne sais pas les étapes tu n’as pas suivies, et, si je ne sais pas les questions que tu t’es posées, je ne sais pas quelles questions tu n’as pas posées. » Ce qui signifie, vraiment, nous poser la plus difficile des questions : Est ce que les données nous montrent vraiment ceci ou est-ce que les résultats nous font nous sentir plus performants et plus à l’aise ?

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Donc, à la fin du projet, le Collectif Média Santé a réussi à trouver que 87% des tweets sur ces annonces anti-tabac très dérangeantes exprimaient la peur. Mais ont-ils conclu qu’elles avaient vraiment fait les gens arrêter de fumer? Non. C’est de la science, pas de la magie.

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Donc, si nous sommes sur le point de dévoiler le pouvoir des données nous n’avons pas à suivre aveuglément Orwell dans sa vision d’un futur totalitaire, ni Huxley et sa vision d’un futur banal, ni quelque horrible mixture des deux. Ce que nous devons faire, c’est respecter la pensée critique et s’inspirer d’exemples comme le Collectif Média Santé, comme ils disent dans les films de superhéros « Utilisons nos pouvoirs pour le bien ».

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Merci.

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(Applaudissements)

SOURCE

Morgan REMOLEUR

Passionné par le digital, Morgan est un Pharmacien entrepreneur innovant au plus près des patients. Industriel de formation, Internet par passion, Business developer pour partager l'innovation. "Je suis intimement convaincu que le digital et le big data vont révolutionner tous les métiers à la fois sur un plan technique dans la collecte des données, pratique pour la relation client et éthique avec le besoin de régulation."

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